Alexandre Jardin – Des gens très bien
Alexandre Jardin a fait sensation en publiant en 2010 un livre qui pour une fois n’est pas écrit à l’encre rose du roman sentimental doucereux, mais à l’encre noire de l’Histoire, celle des plus sombres pages de notre passé. Il dénonce avec fracas son grand père Jean Jardin qui ne fut rien moins que le directeur de cabinet de Pierre Laval, Président du Conseil (Premier ministre) pendant l’Occupation allemande. Jean Jardin se trouvait ainsi au cœur de ce qui restait de pouvoir au Gouvernement français, notamment au moment de la rafle du Vél d’Hiv, lorsque l’administration française organisa l’arrestation des Juifs. Si le sujet contient une forte charge émotionnelle, on a tout de même un peu de mal à accepter Alexandre Jardin dans le rôle de l’historien, troquant ses romans sucrés d’adolescentes émotives pour refaire le procès de la collaboration. Il n’est d’ailleurs pas très clair, si pour Alexandre Jardin le reproche principal serait d’avoir exercé des responsabilités au temps de l’Occupation ou d’avoir su soigneusement le cacher par la suite.
N’ignorant rien de l’émotion qui s’y attache, il revient constamment à ce matin de 1942 lorsque la rafle du Vél d’Hiv eut lieu. C’est pour lui le point central de son accusation contre son grand père. Car la rafle devint avec le temps le symbole de cette période, le moment marquant où la collaboration avec l’Occupant fut poussée au plus loin de l’ignominie. Sur le moment elle déclencha peu de réactions, tant les problèmes quotidiens du ravitaillement ou du retour des nombreux prisonniers continuaient à mobiliser les esprits des Français et l’énergie des responsables politiques. D’ailleurs aujourd’hui encore on s’interroge pour savoir si à l’époque les gouvernants français connaissaient déjà le sort tragique qui attendait les déportés. Même s’ils ne possédaient pas de certitudes, ils ne pouvaient ne pas se douter et redouter le pire compte tenu des circonstances. Alexandre Jardin rassemble les preuves incriminantes, il démontre surtout que l’antisémitisme avait tant pénétré les esprits, dont celui de Jean Jardin, que le sort des Juifs semblait alors bien secondaire dans une Europe ravagée par la guerre.
Lors de la Libération, de nombreux responsables furent épurés sommairement, d’autres furent condamnés en justice souvent à la peine capitale. Si le Maréchal Pétain fut gracié par le Général de Gaulle, Pierre Laval fut exécuté. Mais Jean Jardin, lui, passa à travers. Après une période de prudent éloignement en Suisse, il parvint même à revenir dans le jeu politique, plus exactement dans les coulisses du pouvoir. S’appuyant sur les nombreux services rendus aux uns et aux autres, services qui en ces temps de guerre signifiaient souvent des vies sauvées, Jean Jardin retrouva une certaine influence et repris sa vie mondaine. A partir de là il esquiva toujours la question de sa responsabilité personnelle dans ce qui fut commis. Se gardant bien aussi de lever l’ambigüité de son sentiment vis à vis des Juifs. Certes il en cacha dans son grenier, des amis qu’il sauva ainsi, mais il semble ne s’être jamais départi et repenti de cet antisémitisme de bon ton qui avait perverti les esprits.
C’est contre cette esquive trop facile que s’insurge aujourd’hui Alexandre Jardin. Il se donne le beau rôle de celui qui dénonce et rompt avec le silence quitte à se mettre au ban de sa famille, sans trop de risques puisque son grand-père et son père ne sont plus. Ailleurs il se met aussi gentiment en scène dans le personnage de l’écrivain célèbre, si jeune encore. Avec le succès du Zèbre, puis la gloire de Fanfan, on le voit en auteur invité, courtisé. C’est pourquoi cette soudaine dénonciation laisse pour le moins perplexe quant à sa sincérité. On garde malgré tout l’impression qu’il ne parvient pas à s’affranchir complètement d’une certaine fierté pour la place éminente bien que suspecte occupée par son grand-père.
Maintenant que cet acte de contrition familial est achevé, la carrière d’Alexandre Jardin devrait pouvoir reprendre son cours en le voyant revenir aux livres et aux films gentillets. S’il a pu tracer une ligne entre lui et ses prédécesseurs, il n’a plus besoin d’en assumer ce qu’il a cru y voir de honteux. Ou alors si son œuvre devenait plus grave sous l’influence de son ascendance, ce serait l’échec de sa démonstration affirmant que chaque génération est indépendante et doit se réinventer.
Aux éditions Grasset – 2010 - 295 pages
Fruits : abricot*, cerise, citron*, figue*, fraise*, framboise, groseille*, melon*, pastèque*, pêche, rhubarbe*
Légumes :artichaut*, asperge, aubergine*, betterave*, carotte*, concombre*, courgette*, cresson*, épinard, fève*, haricot vert*, laitue*, oseille*, petit pois*, pomme de terre*, radis*
Champignons : cèpe, girolle*, lépiote
Poissons : anguille*, bar*, crabe*, daurade*, écrevisse*, hareng*, homard*, langouste*, lotte, merlan, perche, raie*, sandre*, sole*, thon*, truite*
Viandes : agneau, canard, lapin, pintade*, poule, poulet*, sanglier*, veau*
Aromates : aneth, basilic, ciboulette, coriandre, laurier, marjolaine, menthe, origan, persil, piment, romarin, sauge, thym