Amélie Nothomb continue régulièrement d’enrichir sa galerie de monstres. Récemment ce furent l’usurpateur d’identité (Le Fait du prince) ou le tueur à gage (Journal d’Hirondelle), cette année nous avons droit au terroriste qui fait exploser l’avion. Non pas le terroriste d’une de ces causes politiques ultra minoritaires sans avenir démocratique, non, plutôt le représentant d’une catégorie bien plus répandue, l’amoureux déçu.
Il faut tout l’esprit torturé d’Amélie Nothomb pour aller de l’histoire sentimentale à l’avion explosé. Mais comme d’habitude les situations les plus saugrenues s’enchaînent naturellement, de l’appartement glacial et sans chauffage sous les toits, à la séance d’ingestion de champignons hallucinogènes. Comme d’habitude les personnages portent des prénoms impossibles, Zoïle, Aliénor et Astrolabe pour les principaux protagonistes. Comme d’habitude ? Voilà qu’Amélie Nothomb, l’excentrique de la planète littéraire, celle qui fit de l’originalité son fonds de commerce, tomberait dans l’habitude.
Car à force, l’originalité n’est plus originale, on finit par s’en fatiguer. L’effet de surprise ne joue plus. Même la surenchère de personnages et de scènes de plus en plus surréalistes ne suffit plus pour pimenter la lecture. Il faut une bonne histoire, des personnages avec qui frémir pour donner l’envie de tourner les pages et de dépenser 15 euros. Malgré tout son talent d’écrivain, Amélie Nothomb nous refuse ce plaisir la, ce serait trop facile peut-être. Elle préfère nous enfermer de force dans son monde extravagant pour nous susurrer sa philosophie personnelle. Ainsi, selon elle il n’y a pas d’échec amoureux, car éprouver l’amour est déjà un triomphe, l’un de ses beaux aphorismes dont il faut se satisfaire.
133 pages cela passe vite ; il faudra ensuite attendre une autre année pour juger du prochain cru, en souhaitant que le Nothomb nouveau possède plus de corps et de longueur en bouche. Espérons qu’assez de temps aura passé pour que l’épisode autobiographique suivant puisse paraître, alors que nous en sommes restés aux portes du monde littéraire dans « Ni d’Eve ni d’Adam ». C’est sûrement en se mettant en scène elle-même qu’Amélie Nothomb réussit le mieux ; son personnage prend vie bien plus que ses improbables marionnettes désincarnées.