Amélie Nothomb – Tuer le père
Amélie Nothomb – Tuer le père
Albin Michel – 2011 – 150 pages
Ca sonne faux. On devrait y être habitué avec Amélie Nothomb. Il s’agit d’abord de faire apparaître des personnages et de les mettre dans des situations bizarres pour ensuite les observer et en tirer des commentaires édifiants. Mais tout de même, si dès le départ les personnages perdent toute crédibilité, il devient difficile d’accrocher à la suite. Ainsi Joe, adolescent du Nevada, passionné de magie, qui est mis à la porte par sa mère à quatorze ans et vit seul à l’hôtel ; à quatorze ans. Norman, devient son mentor, « le plus grand magicien du monde », qui vit dans un modeste pavillon près des voies ferrées à Reno. Christina sa femme, une grande danseuse de feu, qui se produit le matin (!) et mène sa petite vie ménagère l’après-midi et le soir.
Joe étant recueilli dans l’instant par le couple, une vie à trois commence d’où très vite il ressort que l’adolescent oriente ses premiers désirs vers son hôtesse de dix ans son ainée. Elle est d’une grande beauté mais farouchement fidèle. Cela met un peu de piment dans une histoire par ailleurs bien somnolente. Amélie Nothomb en profite aussi pour glisser quelques unes de ses belles formules dont elle est experte. Ainsi « Les sages affirment que rien n’a de sens. Les amoureux possèdent une sagesse plus profonde que les sages. Qui aime ne doute pas un instant du sens des choses ». Même les projets les plus improbables deviennent réalistes lorsqu’ils sont élaborés par le désir amoureux.
Amélie Nothomb se complet à explorer des mondes interlopes ou à la limite, ici nous sommes dans celui de la magie. Visiblement l’auteur s’est documentée, « Interlaced Vanish de Paul Harris » ou « Waving the Kings » font leur effet. Elle y va de sa petite définition personnelle, « le but de la magie, c’est d’amener l’autre à douter du réel ». Mais au delà de la technique, Norman se fait aussi professeur de morale. Car il est facile de glisser de la magie vers la triche, profiter que la réalité est masquée par l’habileté de la manipulation pour voler celui qui se laisse abuser. La leçon est mal comprise et Joe se retrouve un soir au poste de police.
On voit bien que Norman prend son rôle d’éducateur au sérieux. Il s’efforce de poser les limites qui permettront à Joe de grandir avec quelques repères. Que ce soit pour son éducation amoureuse ou pour l’usage des substances toxiques, il n’hésite pas a citer son exemple ou celui de Christina pour montrer les zones dangereuses. A mesure que le temps passe et que les difficultés relationnelles se multiplient avec Joe, lui qui n’a pas d’enfant, glisse progressivement vers une pathétique quête du fils. Joe de son côté, enfant rejeté, a entrepris sa recherche d’un père de substitution. Cette question de paternité et de filiation occupe un moment Amélie Nothomb qui la conclue d’une manière peu convaincante.
On touche là aux limites du modèle littéraire développé par Amélie Nothomb. A force de trop jouer de situations incongrues, la réalité perd son sens et la morale qui l’accompagne aussi. Plutôt que de tourner à la fable, on tombe dans le grotesque. Sur un plan anecdotique, on peut encore noter un glissement géographique vers les Etats-Unis. Le récit part de Paris, mais les flash-backs renvoient au Nevada. Cela s’inscrit dans le prolongement d’ « Une forme de vie » qui envoyait Amélie Nothomb au delà de l’Atlantique. Ses écrits s’éloignent de la Chine ou du Japon qui formèrent ses premières amours, son œuvre dérive aussi vers des terres incertaines.
Fruits : abricot*, cerise, citron*, figue*, fraise*, framboise, groseille*, melon*, pastèque*, pêche, rhubarbe*
Légumes :artichaut*, asperge, aubergine*, betterave*, carotte*, concombre*, courgette*, cresson*, épinard, fève*, haricot vert*, laitue*, oseille*, petit pois*, pomme de terre*, radis*
Champignons : cèpe, girolle*, lépiote
Poissons : anguille*, bar*, crabe*, daurade*, écrevisse*, hareng*, homard*, langouste*, lotte, merlan, perche, raie*, sandre*, sole*, thon*, truite*
Viandes : agneau, canard, lapin, pintade*, poule, poulet*, sanglier*, veau*
Aromates : aneth, basilic, ciboulette, coriandre, laurier, marjolaine, menthe, origan, persil, piment, romarin, sauge, thym