Amélie Nothomb – Une forme de vie
Amélie Nothomb – Une forme de vie
Albin Michel – 2010 - 169 pages
Il est recommandé de ne pas ouvrir ce livre sans disposer devant soi des quelques heures nécessaires à sa lecture. On se laisse facilement happer dès les premières lignes par l’incongruité de la situation mettant en scène un échange de correspondance entre Amélie Nothomb et un soldat américain en Irak. L’écrivain insiste complaisamment sur sa singularité qui la fait répondre personnellement à un grand nombre de lettres. A la lire on a vite l’impression que c’est là son activité principale. On comprend mieux la brièveté de ses livres, tant d’énergie et de temps s’enfuient dans son courrier. Heureusement elle s’y plait, s’y complait même, malgré le poids du fardeau, elle y revient toujours avec envie, comme une sorte de drogue dont elle connait les effets néfastes sur son œuvre mais dont elle ne peut se priver.
Suivent ensuite de nombreux développements sur sa manière d’aborder son courrier, les classifications, les tendances et quelques bons mots collectionnés. Même il s’il y a du « je » à toutes les pages, il ne faut pas croire que l’on entre dans l’intimité d’Amélie Nothomb. D’ailleurs sa correspondance se pratique au bureau, elle la laisse derrière elle pendant les vacances ou en déplacement. Car au temps de la correspondance instantanée et mobile, les textos, les emails et les réseaux sociaux restent un terrain inconnu d’Amélie Nothomb, reconnaissant volontiers son peu d’attrait pour l’Internet. Comme si cette instantanéité allait détruire la phase de réflexion et de maturation qui lui est nécessaire entre deux lettres. Son dialogue intérieur a besoin de cet espace de temps pour prendre forme. Ce qui ne lui interdit pas des réponses immédiates. Mais elle a décidé de cultiver avec délice le charme suranné de la correspondance épistolaire de « papier ».
Au delà de la singularité de la situation, ce qui accroche aussi c’est la dynamique du dialogue, par lettres interposées, ou par la retranscription au sein d’une lettre. Amélie Nothomb excelle à ce jeu, chaque fois que l’on croit la situation définitivement bloquée, elle parvient à rebondir et à relancer l’action. On retrouve aussi son penchant pour les désordres alimentaires, c’est un sujet familier de son œuvre, comme dans « Métaphysique des tubes ». Et comme toujours elle le fait avec excès, ce qui la pousse à créer un véritable monstre, un obèse de 200 kilos. C’est l’occasion de belles pages sur la compréhension et l’acceptation de cette différence, les obèses souffrant non seulement d’un handicap physique mais surtout du rejet par le reste de la société.
Le roman ayant en arrière plan l’intervention américaine en Irak, il est regrettable que s’y mêle un anti-George-W-Bush gratuit, exprimé sur le ton de l’évidence mais sans raison pour le justifier. Comme c’est dans l’air du temps cela a peut-être contribué à décider les jurés littéraires à sélectionner son œuvre dans leurs premières listes de rentrée. Mais les tris successifs ne lui ont pas été favorables, Amélie Nothomb passe encore cette année à côté d’un prix majeur. Et pourtant ce n’est pas l’envie qui manque aux jurés pour accrocher cet auteur à succès à leur liste de lauréats. A se demander qui a le plus besoin de l’autre. Si l’auteur est reconnue et appréciée, la minceur, physique, de ses ouvrages, même pour traiter de l’obésité, enlève un peu de poids à son profil. On attend d’un écrivain qu’il écrive, des livres, pas des lettres.
Cette péripétie mondaine inspirera peut-être un prochain ouvrage, puisqu’Amélie Nothomb semble vouloir se glisser plus souvent parmi ses personnages. Comme elle les met régulièrement dans des positions peu ordinaires, cette fois en tant que protagoniste elle n’échappe pas à la règle. En se jetant d’elle-même dans une situation suffisamment improbable, elle confirme implicitement que l’on se trouve dans la fiction. La fin un peu trop abrupte ne vient malheureusement pas apporter de dénouement. Car ainsi que dans la plupart des romans d’Amélie Nothomb, le livre se referme comme une porte qui claque au nez du lecteur.
Fruits : abricot*, cerise, citron*, figue*, fraise*, framboise, groseille*, melon*, pastèque*, pêche, rhubarbe*
Légumes :artichaut*, asperge, aubergine*, betterave*, carotte*, concombre*, courgette*, cresson*, épinard, fève*, haricot vert*, laitue*, oseille*, petit pois*, pomme de terre*, radis*
Champignons : cèpe, girolle*, lépiote
Poissons : anguille*, bar*, crabe*, daurade*, écrevisse*, hareng*, homard*, langouste*, lotte, merlan, perche, raie*, sandre*, sole*, thon*, truite*
Viandes : agneau, canard, lapin, pintade*, poule, poulet*, sanglier*, veau*
Aromates : aneth, basilic, ciboulette, coriandre, laurier, marjolaine, menthe, origan, persil, piment, romarin, sauge, thym