Antonine Maillet – Pélagie-la-Charrette
Bibliothèque Québécoise – 1979 - 321 pages
La première réaction lorsqu’on commence à lire Pélagie-la-Charrette, c’est d’aller chercher sur une carte d’Amérique du Nord où se trouve l’Acadie. Et c’est un grand étonnement de constater que l’Acadie ne figure plus dans la géographie moderne, il faut consulter des documents anciens pour en retrouver la trace. D’ailleurs l’Acadie ne se définissait pas vraiment par une continuité territoriale, il s’agissait plutôt d’un ensemble de villages, souvent côtiers, dont le peuplement venait de France. Car toute l’Amérique du Nord-Est avait d’abord été apprivoisée par les Français, les Anglais n’ont débarqué que par la suite. Ainsi à la lecture d’Antonine Maillet nous découvrons un peuple bien vivant, où le décompte des générations tient lieu d’histoire et surtout nous découvrons sa langue. Une langue conservée des ancêtres venus des Vieux Pays, de cette France lointaine qui leur tient lieu de préhistoire.
S’il n’y a plus d’Acadie aujourd’hui, c’est à cause des Anglais. Ils décimèrent et déportèrent systématiquement les populations francophones installées avant eux dans cette partie d’Amérique du Nord, s’appropriant leurs terres déjà défrichées, incendiant leurs pauvres demeures et leurs provisions pour empêcher le retour ou la survie de ceux qui s’échappaient. L’acte le plus odieux de cette campagne aura sûrement été le Grand Dérangement de septembre 1755. Des villages entiers furent embarqués de force sur des bateaux, pour être débarqués dans les autres colonies anglaises plus au sud sur la côte américaine, chacune recevant son contingent. Les familles avaient été délibérément séparées et beaucoup des déportés n’eurent ensuite d’autres ressources que de travailler aux champs avec les esclaves.
Dès qu’ils le purent, les Acadiens se sont cherchés et ils ont voulu revenir. Cela leur prit dix ans, quinze ans, souvent plus, mais les survivants se sont retrouvés, ils sont rentrés d’où ils avaient été chassés. Leurs maisons étaient détruites et leurs terres occupées, mais ils sont revenus. Il leur a fallu se contenter des moins bonnes parcelles qui leur furent finalement concédées, mais ils revinrent sur la terre de leurs ancêtres. C’est ce long et difficile cheminement que nous conte Pélagie-la-Charrette. Une forte femme, Pélagie, c’est elle qui depuis la Géorgie démarre l’équipée avec ses enfants et quelques Acadiens du voisinage, entassés sur des charrettes tirées par trois paires de bœufs. A mesure de la progression vers le nord, d’autres se joignent au convoi et le font grossir.
Bientôt, c’est tout un peuple en marche, c’est tout un peuple en vie. Des familles éparpillées qui se recomposent, des parentés qui se retrouvent. Il y a des naissances, des mariages, les plus faibles sont aussi emportés par la maladie ou l’épuisement. Quelques anciens sont là, s’accrochant à la vie pour se donner le temps de conter aux plus jeunes la belle histoire de l’Acadie qu’ils tiennent de leurs parents, eux-mêmes instruits par ceux plus âgés qu’eux. Et c’est ainsi qu’un peuple oublié de tous sauf de lui-même, parvint à traverser les terres, parvint à traverser le temps. Ceux que les Anglais avaient voulu éparpiller se retrouvaient rassemblés. Ceux que l’on avait voulu faire disparaitre de la géographie se dotaient d’une histoire commune et fédératrice autour de l’acte odieux dont ils furent victimes. Le Grand Dérangement s’il effaça l’Acadie, créa par réaction l’identité du peuple acadien.
Antonine Maillet reprend habillement la tradition de la transmission orale des souvenirs, transformés, mélangés, enjolivés d’un conteur à l’autre au point d’en devenir des fables fantastiques, s’éloignant de l’histoire individuelle pour devenir l’épopée d’un peuple. Bien que les sources historiques laissent penser que le retour des Acadiens se fit par la mer plutôt que par les terres, il fallait ce long et dur périple pour rendre les obstacles surmontés avec difficulté. La narratrice est ici Pélagie-la-Gribouilleuse, fille de Madeleine, fille de Pélagie-la-Charrette. Elle emploie une langue savoureuse et imagée, qui tient de Rabelais tout en ayant suivi son propre cheminement. En décernant le prix Goncourt de 1979 à Antonine Maillet pour Pélagie-la-Charrette, les jurés rassemblaient dans une grande famille le français contemporain et son lointain cousin acadien. Au-delà, c’est une reconnaissance de l’Acadie, car la langue est le seul pays qui reste aux Acadiens.
Fruits : abricot*, cerise, citron*, figue*, fraise*, framboise, groseille*, melon*, pastèque*, pêche, rhubarbe*
Légumes :artichaut*, asperge, aubergine*, betterave*, carotte*, concombre*, courgette*, cresson*, épinard, fève*, haricot vert*, laitue*, oseille*, petit pois*, pomme de terre*, radis*
Champignons : cèpe, girolle*, lépiote
Poissons : anguille*, bar*, crabe*, daurade*, écrevisse*, hareng*, homard*, langouste*, lotte, merlan, perche, raie*, sandre*, sole*, thon*, truite*
Viandes : agneau, canard, lapin, pintade*, poule, poulet*, sanglier*, veau*
Aromates : aneth, basilic, ciboulette, coriandre, laurier, marjolaine, menthe, origan, persil, piment, romarin, sauge, thym