Australie : Wilcannia

28 mai 2007
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Jean Pierre
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Wilcannia a des allures de ville fantôme. Des rues poussiéreuses bordées de magasins aux vitrines obturées de panneaux de bois ou de tôles ondulées. Quelques bâtiments administratifs construits d’une belle pierre blonde mais tout aussi vides d’activités. Pas un piéton, pas une voiture, ni en stationnement, ni en circulation. Juste une juxtaposition de constructions sans étage, avançant leurs auvents défoncés au dessus des trottoirs inégaux. Pas un mouvement, si ce n’est le vol lourd de quelques corneilles et le tournoiement incessant des mouches comme partout en Australie.

Il faut un petit moment avant de percevoir quelques sons de voix venues de l’arrière salle d’un bar qui semble pourtant désaffecté. Ce sont ensuite quelques fugitives silhouettes se déplaçant pieds nus dans l’ombre sombre des auvents pour vite disparaître. De loin en loin un pick-up franchit une intersection, hésitant, comme cherchant une direction à prendre. Deux jeunes policiers faisant leur ronde saluent aimablement, comme étonnés de rencontrer un être vivant en pleine lumière.

Avant de connaître cet état léthargique, Wilcannia fut pourtant un port actif sur la Darling River, avec usines et entrepôts. Autrefois les bateaux à aube remontaient la rivière depuis l’océan à 600 km de là, apportant tout le nécessaire pour assurer la vie dans ces contrées reculées et dépourvues. Emportant dans l’autre sens le produit des stations, essentiellement des tonnes de laine de mouton. Entre le port et les lieux éloignés, de lents convois tirés par des bœufs effectuaient la liaison. Les bœufs trop fragiles dans ce pays trop chaud et trop sec furent ensuite remplacés par des chameaux bien plus résistants. De ces chameaux, échappés ou libérés, descendent des troupeaux sauvages errant maintenant dans les zones semi-désertiques.

Aujourd’hui la rivière n’est plus qu’un filet d’eau boueuse où une barque toucherait le fond. Le transport se fait désormais par la route, avec ces impressionnants road trains. Wilcannia a donc perdu sa raison d’être et sa population s’en est allée. Mais pas totalement car depuis des milliers d’années la région est habitée par la tribu des Barkindji. Ils sont toujours là. Occupant ce qui reste d’une ville poussée trop vite. Les colons blancs sont venus, ont fait quelques affaires, ont construit ce qui devait être une ville, puis sont repartis pour d’autres lieux plus propices. Les Barkindji sont restés sur la terre de leurs ancêtres. Ils représentent 65% des quelques centaines d’habitants recensés, là où autrefois on en comptait 4.000.

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