Delphine de Vigan - Rien ne s’oppose à la nuit
JC Lattès – 2011 – 437 pages
Alors que sa mère vient de mourir, Delphine de Vigan se résout enfin à écrire sur elle, jusque-là elle s’y était toujours refusée en craignant ce moment de confrontation. Car le personnage de Lucile n’est pas un personnage ordinaire. On ne peut pas prendre le risque de se tromper sur l’histoire de sa mère, en inventant pour combler les vides du souvenir. Inventer ce serait trahir, ce serait se lancer sur une fausse piste. Raconter Lucile, chercher à en comprendre les tourments doit aussi servir à l’auteur à mieux se connaitre, lui permettre, par exemple, d’identifier la source de ces peurs qui ne cessent de l’oppresser à son tour.
Autour de Lucile s’agite une famille nombreuse. Georges et Liane, se rencontrent pendant l’Occupation, puis huit enfants naitront, un sera adopté, les cousins, les neveux, les époux, les amants, tous se mélangent aux colocataires, aux amis, aux collègues, aux familles de ces derniers. Tout un monde en mouvement où Georges joue le chef d’orchestre dans la grande maison familiale de l’Yonne. Lucile par contre apparait toujours en retrait, comme isolée par les terreurs intérieures qui la déchirent et l’obligent à se protéger. Bientôt, sous les apparences d’une vie familiale heureuse se cachent incestes, suicides, maladies, tourments, folie. Ils rôdent, ils brisent et emportent les uns ou les autres.
La pudeur, la honte, la lâcheté s’allient pour recouvrir de silence ce que l’on préfère oublier pour tenter de l’effacer. Or le rôle de l’écrivain consiste justement à mettre des mots sur les vieilles histoires de famille enfouies dans les mémoires. Les échecs, les drames, les secrets sont connus de quelques-uns, suspectés par d’autres, ensuite ignorés des plus jeunes. Le silence apporte souvent un confort que les mots viennent déranger. Georges et Liane sont morts, puis Lucile, le temps presse pour rassembler les écrits dispersés, recueillir les témoignages fragmentaires, parfois volontairement elliptiques. Mais les disparitions renforcent le désir de savoir et comme au poker, chacun doit accepter de montrer son jeu pour connaitre celui des autres, craignant de se découvrir, appréhendant la révélation d’une vérité douloureuse.
Cette exploration du passé et des êtres définit la mission assignée à l’écrivain de la famille par ses membres survivants. Pour lutter contre la difficulté de l’écriture qui lui semble par moment insurmontable, Delphine de Vigan prend le temps de se regarder écrire, d’observer ses ruses pour échapper à la tâche, raconte encore ses brusques sursauts de frayeurs qui viennent interrompre ses nuits. C’est par ce biais que l’histoire de famille atteint une portée plus générale. A défaut le lecteur se transformerait en voyeur, en curieux importun de ce qui appartient à d’autres.
« Rien ne s’oppose à la nuit » reçut très vite un excellent accueil lors de sa publication. En tête des meilleures ventes, il figura dans les premières sélections de la plupart des grands prix littéraires. Dans une rentrée 2011 très riche en ouvrages ambitieux allant explorer des horizons lointains, la Russie de Limonov avec Emmanuel Carrère, l’Indochine et l’Algérie françaises d’Alexis Jenni ou l’Irlande de l’IRA avec Sorj Chalandon, Delphine de Vigan ressemble à une caricature de l’auteur féminin. Celle dont les écrits sont dominés par les sentiments, limités à une sphère réduite, enfermés dans des préoccupations immédiates, loin des enjeux du monde. Et pourtant la spirale finale ne peut laisser indifférent, on n’en sort pas indemne.
Fruits : abricot*, cerise, citron*, figue*, fraise*, framboise, groseille*, melon*, pastèque*, pêche, rhubarbe*
Légumes :artichaut*, asperge, aubergine*, betterave*, carotte*, concombre*, courgette*, cresson*, épinard, fève*, haricot vert*, laitue*, oseille*, petit pois*, pomme de terre*, radis*
Champignons : cèpe, girolle*, lépiote
Poissons : anguille*, bar*, crabe*, daurade*, écrevisse*, hareng*, homard*, langouste*, lotte, merlan, perche, raie*, sandre*, sole*, thon*, truite*
Viandes : agneau, canard, lapin, pintade*, poule, poulet*, sanglier*, veau*
Aromates : aneth, basilic, ciboulette, coriandre, laurier, marjolaine, menthe, origan, persil, piment, romarin, sauge, thym