Emmanuel Carrère – Un roman russe
Emmanuel Carrère – Un roman russe
P.O.L – 2007 – 357 pages
Emmanuel Carrère possède le talent d’écrire des histoires captivantes. Y mêlant ses propres tourments il en a tiré des récits envoûtants aux tonalité ténébreuses tournant à l’horreur. Ce fut “La classe de neige” et surtout “L’Adversaire” où il reconstituait le parcours de ce faux médecin qui tua femme, enfants et parents pour ne pas révéler ses vingt ans d’imposture. Avec “Un roman russe”, las de parler de lui à travers les autres, il s’attaque au récit autobiographique en s’y jetant tout entier, livrant tout, évoquant d’emblée de lourds secrets pesant sur la famille.
En réalité plusieurs histoires viennent s’emboîter les unes dans les autres. Cela part d’un soldat hongrois retrouvé dans un hôpital psychiatrique d’une petite ville russe, 50 ans après la fin de la guerre. Suit un reportage puis le tournage d’un film dans cette ville aux confins de la Sibérie. Emmanuel Carrère se plonge alors dans la langue russe qu’il cherche à faire remonter du fond de son inconscient, de son fonds familial. Ce “joli russe” que lui a transmis sa mère, sans pourtant jamais lui apprendre la langue.
Car ce qui trouble tant l’auteur et selon lui toute sa famille, ce sont les ombres régnant autour du grand père maternel. Exilé géorgien, fuyant la débâcle de la Russie impériale. Il épousa une héritière désargentée d’une grande famille russe où comtes, princes et gouverneurs peuplent l’arbre généalogique. Comme porteur d’un sort trop lourd pour lui, le grand père s’enferme dans une folie qui ne lui permettra jamais de s’adapter à son nouveau pays. Il disparaît brutalement à la Libération, très probablement exécuté sommairement pour faits de collaboration.
Mais ce n’est pas tout. L’auteur est aussi engagé dans une histoire sentimentale compliquée. Et c’est là que les choses se gâtent. En cadeau d’amour, il rédige une nouvelle publiée par Le Monde dans ses cahiers d’été dont l’héroïne est justement celle qu’il veut aimer. Il prévoit de la lui faire lire dans le train pour La Rochelle. Il lui donne un tour pornographique où vulgarité et voyeurisme se côtoient regrettablement. L’effet tombe à plat et entraîne une crise dont le couple ne se remet pas. Tout comme il y a un dérapage dans l’écriture, la relation déraille. L’affaire amoureuse l’emporte alors sur tout le reste.
Et la folie du grand père semble rejaillir sur le petit fils. Son échec à mener à bien une existence à la hauteur de ses capacités expliquerait le même ratage deux générations plus tard. Le mystère de la disparition, laissant vivre l’espoir incertain d’un possible retour empêcherait tout accomplissement personnel pour les descendants. Pourquoi aller chercher ailleurs l’explication de ses propres lacunes ? On est vraiment tenté d’implorer comme la malheureuse femme rejetée que l’auteur cesse de tout ramener à lui, qu’il écoute un peu les autres, qu’il s’ouvre à eux plutôt que d’en faire les accessoires de son histoire personnelle.
Fruits : abricot*, cerise, citron*, figue*, fraise*, framboise, groseille*, melon*, pastèque*, pêche, rhubarbe*
Légumes :artichaut*, asperge, aubergine*, betterave*, carotte*, concombre*, courgette*, cresson*, épinard, fève*, haricot vert*, laitue*, oseille*, petit pois*, pomme de terre*, radis*
Champignons : cèpe, girolle*, lépiote
Poissons : anguille*, bar*, crabe*, daurade*, écrevisse*, hareng*, homard*, langouste*, lotte, merlan, perche, raie*, sandre*, sole*, thon*, truite*
Viandes : agneau, canard, lapin, pintade*, poule, poulet*, sanglier*, veau*
Aromates : aneth, basilic, ciboulette, coriandre, laurier, marjolaine, menthe, origan, persil, piment, romarin, sauge, thym