Eric Faye – Nagasaki

18 septembre 2011
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Jean Pierre

Eric Faye – Nagasaki

Stock – 2010 - 108 pages

C’est l’étrange histoire d’un homme d’une cinquantaine d’années, qui vit seul dans sa modeste maison aux confins de Nagasaki, juste avant la forêt de bambous. Un jour il remarque que le contenu de son réfrigérateur tend à disparaître, comme si quelqu’un venait se servir en son absence. Il commence par douter de sa mémoire, puis trace des repères, pour vérifier que le jus de fruit a bien diminué ou que les yaourts ne sont plus aussi nombreux. La suspicion devient alors certitude. Pourtant rien d’autre ne semble manquer ailleurs, il ne constate pas de vol de ses autres affaires. Il décide cependant d’installer une webcam dans sa cuisine. Arrivé au bureau, il ouvre une petite fenêtre dans un coin de son écran et garde un œil sur l’intérieur de son domicile pendant sa journée de travail. Comme le ferait un mari jaloux ou suspicieux qui surveillerait sa femme pour la prendre en défaut ou pour confirmer ses doutes, mais lui n’a pas de femme.

Bientôt cette présence irréelle qui s’est immiscée dans son quotidien, commence à remettre en question son existence entière. Il s’interroge sur ce qui compose sa vie, y trouvant de plus en plus de raisons de s’inquiéter, de s’alarmer. Sa famille, maintenant réduite à une sœur qui ne le visite plus guère. L’absence durable de relation féminine à un âge où il sera trop tard pour fréquenter. La solitude qui le guette. La sensation que quelqu’un l’épie, rôde et peut pénétrer dans son intérieur à son insu et à tout moment le déstabilise. Il a beau baisser les stores pour s’isoler de l’extérieur, le réconfort en est limité. Son sommeil se fait difficile, animé de rêves qui le mettent mal à l’aise. Il ne se sent plus chez lui, il ne sent plus en sécurité. Ne contrôlant plus sa maison, sa vie lui échappe.

L’histoire se passe au Japon. On se laisse donc gagner par la couleur locale. Le vocabulaire y aide, on y parle ainsi de kamis, les fantômes japonais, des yakuzas, des bentos, les fast-foods de là-bas, des tatamis. On y voit la vie monotone du salaryman, l’ambiance pesante du bureau, les virées entre collègues le soir au bar du coin. C’est aussi un pays de portes coulissantes que l’on ne ferme pas à clef, où les voisines montent une garde discrète sur le voisinage et la vie des autres. Le monde contemporain est pourtant très présent, la crise financière internationale bouleversant le monde bancaire, fait ainsi irruption dans la vie des gens ordinaires, avec les menaces qui pèsent sur leurs existences bien réglées. On n’ignore pas Facebook non plus, curieuse manière cependant d’utiliser le réseau pour mesurer les popularités au nombre de fans et de s’en découvrir aucun.

Il y est aussi fait référence à d’intéressants reportages à la télévision sur l’intrusion dans la vie des êtres humains, des centenaires de plus en plus nombreux et des robots de plus en plus perfectionnés. Comme s’ils venaient en concurrence, en quelque sorte. Ainsi la vie en société après avoir transformé les hommes en robots, certains comparèrent aussi les Japonais aux fourmis (maladresse d’Edith Cresson alors Premier ministre), on se mettrait à créer des robots de plus en plus ressemblants aux êtres humains. Quelle pouvait être la motivation d’Eric Faye de glisser ainsi ces deux tendances, exposées sous un jour négatif. Tout comme on peut s’interroger sur le chant incessant et torturant des cigales qui accompagne le personnage principal tout au long de la journée. De chez lui au travail on retrouve le même son entêtant, dès la descente du tramway. Les fenêtres laissées ouvertes par les collègues négligents favorisent cette intrusion supplémentaire. Qu’il devient difficile de simplement vivre sa vie, sans avoir à subir l’agression répétée du monde extérieur.

Dans « Nagasaki », Eric Faye s’est inspiré d’un fait divers réel, mais au-delà il aime à parler du Japon à nous en faire découvrir l’esprit et les tourments. Gardant en cela l’attitude du journaliste qu’il est aussi. Un peu comme pour accompagner un reportage sur un sujet insolite, il dresserait autour la description de la société dans laquelle le fait s’est produit. Cela donne un petit ouvrage facile à lire, qui oscille entre nouvelle et roman par sa brièveté, centré sur une histoire unique. Il a reçu le Grand Prix du roman de l’Académie Française en 2010.

... Amélie Nothomb – Une forme de vie
Nina Bouraoui – Mes mauvaises pensées ...
Fruits & Légumes / juin

Fruits : abricot*, cerise, citron*, figue*, fraise*, framboise, groseille*, melon*, pastèque*, pêche, rhubarbe*

Légumes :artichaut*, asperge, aubergine*, betterave*, carotte*, concombre*, courgette*, cresson*, épinard, fève*, haricot vert*, laitue*, oseille*, petit pois*, pomme de terre*, radis*

Champignons : cèpe, girolle*, lépiote

Poissons : anguille*, bar*, crabe*, daurade*, écrevisse*, hareng*, homard*, langouste*, lotte, merlan, perche, raie*, sandre*, sole*, thon*, truite*

Viandes : agneau, canard, lapin, pintade*, poule, poulet*, sanglier*, veau*

Aromates : aneth, basilic, ciboulette, coriandre, laurier, marjolaine, menthe, origan, persil, piment, romarin, sauge, thym

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