Gil Courtemanche - Une belle mort
Boreal – 2005 – 208 pages
C’est Noël à Montréal. Les quatre générations de la famille sont réunies autour de la longue table, où se succèdent les mets de fêtes avec à la télé Céline Dion qui chante Minuit chrétien. Les plus jeunes attendent impatiemment le moment des cadeaux, les plus âgés poursuivent leurs vieilles querelles tout en s’observant. Le narrateur, l’ainé des neuf enfants, se mesure silencieusement à son père atteint par la maladie du « Parkinson rigide », il perd la coordination de ses gestes et même la parole devient maladroite. La balance du pouvoir s’est inversée, le fils devient le père de son père en palliant ses infirmités.
Jusque-là, l’autorité du père tolérait si peu d’opposition que le narrateur le compare continuellement à Staline, le petit père des peuples. Ils ont en commun les moustaches et l’obéissance absolue qui est imposée à tous. Même en cas d’erreur, le père a toujours raison. Ainsi lorsqu’ils se perdent en forêt du Mont-Tremblant, il ne reconnaitra jamais s’être égaré. Ou ce doré volé pour gagner un concours de pêche. Jusqu’à ce moment de faiblesse, où face à la perte de ses moyens, ces raisons de fierté d’autrefois n’ont plus lieu. Avec la défaite de l’âge, ce sont toutes les défaites de la vie qui sont acceptées. En butant sur les mots il avoue enfin ses torts.
Le père a perdu sa supériorité, la mère se tasse sous le poids des ans et du fardeau de garde malade. Les enfants assistent peinés au déclin lent et sans retour de leurs parents, préfiguration de ce qui les attend aussi. La vieillesse est une maladie contagieuse dont on ne guérie pas. Deux clans se forment, les médicaux et les bouddhistes. Les premiers se prononcent pour un strict respect des prescriptions médicales qui consistent à interdire tout ce qui fait le plaisir de la vie. En face il y a ceux qui penchent au contraire pour satisfaire toutes les envies, vivre moins mais vivre bien. Alors plutôt que se priver de tout pour gagner quelques années de vie au rabais, l’idée de partir en beauté fait son chemin, un dernier excès de toutes les bonnes choses pour aller vers une belle mort.
Si Gil Courtemanche a voulu écrire une œuvre de fiction, son expérience familiale a contribué à inspirer les sentiments et les attitudes décrits avec retenue. Plus généralement, le débat sur la fin de la vie et sur l’euthanasie traverse la société québécoise, pourtant toujours moralement corsetée par son vieux fonds catholique. Avec une population vieillissante et des rapports entre les générations en évolution, le sujet revient régulièrement dans l’actualité. Une commission nationale fut même organisée pour recueillir le plus grand nombre d’opinions et tenter d’envisager des solutions qui dépassent l’interdit et l’illégalité. Pour le moment les textes n’ont pas changé mais les mentalités continuent d’évoluer.
Après une longue carrière de journaliste international, Gil Courtemanche s’est lancé tardivement mais avec réussite dans le monde de la fiction littéraire. Son premier roman « Un dimanche à la piscine à Kigali », encore nourri des années passées à l’étranger, a connu un grand succès avec de nombreuses traductions et une adaptation cinématographique. Bien que portant sur un sujet plus difficile à mettre en images, « Une belle mort » fut aussi porté à l’écran. Encouragé par l’accueil favorable de ses premiers romans, Gil Courtemanche envisageait de poursuivre l’exploration des questions douloureuses, la mort ne lui en a pas laissé le temps.
Fruits : ananas*, banane, châtaigne, clémentine*, goyave*, kiwi*, mangue*, noix de coco*, orange*, pamplemousse, pomelo*
Légumes : betterave, brocoli, chou*, chou de Bruxelles, cresson, endive, mache, salsifis,topinambour
Poissons : anguille, cabillaud*, carpe*, daurade*, huître*, lieu*, limande*, lotte*, merlan*, morue*, moule, oeuf de poisson, raie, rouget, saint-Jacques*, turbot*
Viandes : boeuf*, chapon*, faisan*, mouton*, oie*, porc*, sanglier