Jean-Marie Gustave Le Clézio s’est vu descerner le prix Nobel de littérature en 2008. Cette récompense prestigieuse s’adressait à l’ensemble de son oeuvre saluée pour son cosmopolitisme et ses valeurs humanistes. L’agitation médiatique qui a suivi l’évènement a favorisé les ventes du roman que publiait alors le récipiendaire, apportant à Ritournelle de la faim une attention dépassant son intérêt intrinsèque.
Il serait injuste de dire qu’il s’agit d’un mauvais livre, cependant il n’est pas aussi abouti que d’autres oeuvres du même auteur. On y retrouve pourtant quelques grandes constantes comme l’évocation de Maurice, l’Ile Maurice, à qui Le Clézio est très attaché. Ethel, l’héroine de Ritournelle, est ainsi la descendante de planteurs mauriciens installés à Paris au début du 20ème siècle. Sa grande amie d’enfance, Xénia, est d’une famille aristocratique russe chassée de son pays par la révolution communiste. Deux lignées tourmentées qui se croisent un moment avant d’être séparées par la guerre, puis par l’attrait des nouveaux horizons canadiens lorsque Ethel part s’installer à Toronto.
L’essentiel de la narration se déroule durant les années de l’avant guerre et pendant l’Occupation. Les différents personnages caricaturent les tendances qui traversèrent alors l’opinion française durant cette période. Le mauvais rôle est bien sûr attribué à ceux qui montrèrent de la complaisance devant la progression du fascisme. Ils étaient surtout effrayés par la violence du pouvoir communiste dont pourtant on ignorait encore l’ampleur. Ecoeurés aussi par le jeu politique français, étouffé par un système constitutionnel étriqué. L’écriture rétrospective de l’histoire aide à choisir le bon camp.
En plus de l’évocation de ces années noires, avec notamment l’Occupation passée sur la côte d’Azur comportant une forte dimension auto-biographique, il y a en toute fin d’ouvrage, sans grand lien avec le reste, des lignes très émouvantes sur le martyre des Juifs français. Un drame qui sans jamais avoir été caché, a rarement vu sa culpabilité assumée. Il révèle trop clairement les mauvais penchants de l’être humain, toujours prompt à rejeter ceux dont la différence a été exacerbée. Les Juifs en furent les victimes comme tant d’autres minorités à travers les temps.