Jean-Christophe Rufin- Les causes perdues
Jean-Christophe Rufin- Les causes perdues
Gallimard – 1999 – 234 pages
En 1985, Asmara possède toujours ses palais italiens entourés par le désert. De style renaissance, baroque ou classique, ils se côtoient encore sur la colline résidentielle. Les vieux murs enserrent de leur mieux patios et jardins, où les fleurs aux couleurs vives poussent autour des fontaines rafraichissantes. Parfois le décor se lézarde, arbres et buissons abandonnés envahissent tout l’espace, les plafonds se limitent aux poutres, les palais ne sont plus vraiment des palais. Dans ce coin d’Afrique, autrefois colonie italienne, les guerres et les rebellions ont emporté les flots humains par vagues successives, laissant les murs intacts en témoignage d’un passé mystérieux. Les belles descriptions de Jean-Christophe Rufin éveillent une envie de voyage vers cette ville plongée dans l’histoire.
On y rencontre Hilarion Grigorian, marchand d’armes à la retraite, dernier d’une lignée arménienne introduite auprès des souverains éthiopiens. Il s’ennuie dans son palais meublé de souvenirs précieux. L’arrivée d’une mission humanitaire française lui apporte la distraction qu’il espérait. Sa connaissance du français et surtout celle des rouages de la ville en font vite l’interlocuteur indispensable de Grégoire, le chef de la mission. Celui-ci se laisse rapidement fasciner par les splendeurs endormies qu’il n’escomptait pas. Arrivé en Afrique sans l’avoir choisi, pour faire le bien par habitude, sa découverte progressive du pays et de ses habitants renforce sa détermination à surmonter les obstacles pour gagner la lutte contre la famine.
Car nous sommes dans cette Corne de l’Afrique où les cycles pluriannuels ramènent à intervalles réguliers sècheresse et famine meurtrière, rétablissant brutalement les équilibres naturels sur une terre trop peuplée pour ce qu’elle peut nourrir. Le drame parvient aujourd’hui dans l’instant aux opinions occidentales émotives. Les ONG canalisent la générosité, semblant pouvoir solutionner le problème par une aide alimentaire d’urgence, ce qui ne règle pas les causes. Forces gouvernementales et rebelles tentent pareillement de tirer avantage de la situation. Un jeu complexe et opaque se met en place, dont Hilarion essaie de démêler les fils, heureux de son importance retrouvée et de son occupation inattendue.
Jean-Christophe Rufin prend habilement le vieux marchand comme narrateur des évènements qu’il comprend mieux que la plupart des autres protagonistes. Il les décrit et les analyse dans un journal vivant et prospectif, faisant du lecteur son complice. Il apporte aussi un éclairage local imprégné de la connaissance de l’histoire et des hommes. Il ne se lasse pas de décrire avec précision les détails de l’architecture, des paysages, des variations de la météorologie avec une fascination pour le mouvement des nuages et les modulations de la pluie.
En écrivant « Les causes perdues », Jean-Christophe Rufin n’avait pas encore reçu le prix Goncourt pour « Rouge Brésil », il ne savait pas qu’il entrerait à l’Académie Française et deviendrait Ambassadeur de France, mais les talents qui l’y ont conduit l’animaient déjà. Ayant longtemps pratiqué l’aide humanitaire sur le terrain, notamment dans cette partie du monde, son roman dépasse la simple fiction. Il s’y glisse une étude des conditions dans lesquelles interviennent les ONG et une réflexion sur leur véritable utilité. La qualité de l’écriture en fait d’abord un agréable voyage dans une ville oubliée à l’écart de la marche du monde, Asmara.
Fruits : abricot*, cerise, citron*, figue*, fraise*, framboise, groseille*, melon*, pastèque*, pêche, rhubarbe*
Légumes :artichaut*, asperge, aubergine*, betterave*, carotte*, concombre*, courgette*, cresson*, épinard, fève*, haricot vert*, laitue*, oseille*, petit pois*, pomme de terre*, radis*
Champignons : cèpe, girolle*, lépiote
Poissons : anguille*, bar*, crabe*, daurade*, écrevisse*, hareng*, homard*, langouste*, lotte, merlan, perche, raie*, sandre*, sole*, thon*, truite*
Viandes : agneau, canard, lapin, pintade*, poule, poulet*, sanglier*, veau*
Aromates : aneth, basilic, ciboulette, coriandre, laurier, marjolaine, menthe, origan, persil, piment, romarin, sauge, thym