Marie Ndiaye – Mon coeur à l’étroit
Gallimard – 2007 - 299 pages
Les romans de Marie NDiaye plongent toujours dans une atmosphère étrange, où tout semble normal au début et se transforme progressivement en rêve éveillé, décalé du réel. Ainsi ce couple d’instituteurs bordelais, Nadia et Ange, se retrouve-t-il brutalement en butte à l’hostilité générale. Ange est atteint d’une horrible blessure purulente au flanc et Nadia finit par ne plus se rendre à l’école, se perdant dans une ville soudainement noyée dans une brume permanente lui faisant perdre ses repères.
Le lecteur en quête d’explication rationnelle doit s’en remettre à l’introspection menée par Nadia, qui semble pourtant la dernière à comprendre ce qui lui arrive. Suit alors une énumération d’auto-justifications sur les errements affectifs de son existence. Cela commença par le refus de reconnaître ses origines modestes dans un quartier périphérique. Il y a ensuite les parents abandonnés à leur triste sort d’immigrés, le mari quitté pour la médiocrité de ses goûts, le fils qui s’est éloigné en rupture d’affection, l’ex amant de son fils avec qui Nadia entretint une relation ambiguë. Jusqu’au prénom de sa petite fille que Nadia se refuse à prononcer.
Cela serait assez pour faire de Nadia un véritable monstre. Mais baignant dans ce monde à demi irréel, tout semble aller de soi. Le sens critique du lecteur est amoindri au point d’accepter les développements les plus improbables. Apparaît alors une certain Noget, un voisin ignoré, méprisé, qui se révèle être une célébrité admirée par les autres personnages. Il finit par prendre le contrôle de leur ménage, s’attachant à soigner Ange et à nourrir copieusement Nadia.
L’auteur joue avec le silence. Souvent les mots s’arrêtent au moment de révéler ce qui apporterait l’explication espérée. Il faut du temps à Nadia pour reconquérir la parole, nommer sa petite fille sans effort par exemple. L’auteur joue aussi avec la lumière. Au début la pénombre envahie la ville et la vie de Nadia, noyant tout dans des demi-teintes indéfinissables. Elle finit par laisser la place à une vive clarté ou le contraste entre l’ombre et la lumière ne laisse plus de doutes.
La lecture de ce roman, ne mène-t-elle pas à développer la culpabilité du lecteur ? En cherchant un peu, chacun doit pouvoir se trouver quelque travers susceptible de provoquer l’opprobre de ses semblables. N’est-ce pas non plus une incitation à la normalité ? Que quelqu’un refuse ce qui est généralement admis le plongerait dans une marginalité rejetée par la société.
Encore une fois Marie NDiaye nous offre une lecture singulière. Si le récit traîne en longueur pendant sa première partie, les choses s’accélèrent vers la fin où plusieurs rebondissements interviennent accompagnant l’arrivée de nouveaux personnages. Il faut donc garder patience.
Fruits : ananas*, banane, châtaigne, clémentine*, goyave*, kiwi*, mangue*, noix de coco*, orange*, pamplemousse, pomelo*
Légumes : betterave, brocoli, chou*, chou de Bruxelles, cresson, endive, mache, salsifis,topinambour
Poissons : anguille, cabillaud*, carpe*, daurade*, huître*, lieu*, limande*, lotte*, merlan*, morue*, moule, oeuf de poisson, raie, rouget, saint-Jacques*, turbot*
Viandes : boeuf*, chapon*, faisan*, mouton*, oie*, porc*, sanglier