Maylis de Kerangal – Naissance d’un pont

6 avril 2011
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Jean Pierre

Maylis de Kerangal – Naissance d’un pont

Verticales – 2010 - 317 pages

Il vaut mieux construire des ponts que des murs ; comme en écho à cet adage d’architecte, « Naissance d’un pont » montre comment le grand chantier d’un nouveau pont doit transformer la ville de Coca et compter dans l’existence de ceux qui participent à l’édification de cette œuvre. Il ne s’agit pas seulement de relier deux rives d’un fleuve, jusque là seulement franchi par un modeste pont de fer, si bien que la plupart des traversées se faisaient encore en ferry. Le nouveau pont permettra aux faubourgs arriérés de rejoindre la modernité de la grande ville. Au delà, s’étend la forêt pratiquement vierge, encore habitée par des Indiens aux mœurs primitives, cela s’apparente alors à la conquête d’un nouveau monde. En harmonie avec l’air du temps, les enjeux environnementaux apparaissent en arrière-plan et nourrissent une tension entre constructeurs et opposants.

Maylis de Kerangal s’attache d’abord au côté humain de l’entreprise, en retraçant les antécédents d’une poignée de ces trajectoires individuelles qui se croisent et se mêlent le temps de quelques mois, le temps de la construction. Les rapports qui se tissent évoluent comme les différentes phases du chantier. Venant de tous les horizons, ces destins présentent une grande diversité, allant du chef de projet, vieux routier qui a connu tous les terrains de tous les continents, aux vagabonds sans qualification allant d’un engagement à l’autre, en passant par les locaux en quête d’un emploi fut-il temporaire. Tous sont décrits avec talent mais ils peinent à émouvoir, ils restent trop figés dans leur solitude et le passé, si bien que leurs rencontres tardent à créer une relation à laquelle s’intéresser. Leurs aventures contées successivement ressemblent à une collection, comme une collection de papillons exotiques de toutes origines, mais épinglés dans une boite sous verre.

Coca finit aussi presque par devenir l’un de ces personnages, c’est en effet beaucoup plus qu’un décor. Une sorte de Dubaï d’Amérique du Sud, sans qu’aucun pays précis ne soit cité, les références au continent américains y sont cependant constantes. C’est en quelques pages l’histoire de la colonisation, de la mission catholique décimée par les Indiens, à la grande cité de verre et de béton, en passant par les pionniers, les orpailleurs, l’oligarchie des grandes familles de propriétaires et finalement, la génération des hommes d’affaires qui délibérément précipitent la ville dans le futur. Le maire est ambitieux, curieusement surnommé « le Boa » – un autre personnage tout aussi bizarrement est appelé « le Tigre » - sa volonté de marquer les esprits par une grande réalisation rejoint sa préoccupation de faire progresser sa ville. Entreprenant alors ce qui relevait du difficilement imaginable précédemment, il lance l’extension de l’agglomération au delà du fleuve, ouvrant une ère nouvelle. Deux rives sont reliées, c’est aussi le passage du passé vers le futur.

Maylis de Kerangal possède un ton d’écriture très personnel. Elle compose de longues phrases, il y a une abondance de mots, parfois rares et compliqués, comme une surcharge de précisions, une juxtaposition de synonymes. Une langue très riche, mais aussi très lourde à lire, qui finit cependant par imposer son rythme. On y avance lentement, presque péniblement, à l’image de la construction d’un pont, œuvre de solide lenteur. D’ailleurs le parallèle entre le pont et le roman conduit plus loin, la construction peut se comprendre comme la métaphore de l’écriture. Il y a la maquette / genèse, les personnages / ouvriers, les différentes phases / autant de chapitres et l’achèvement / édition, à partir d’où commence une nouvelle aventure et c’est donc là que se termine le livre.

Issue d’une lignée de capitaines au long cours, Maylis de Kerangal a aussi été saisie à son tour par le voyage et les séjours à l’étranger, notamment au Colorado, ce qui n’est pas sans incidence sur ce roman. Elle a aussi travaillé pour des guides de tourisme avant de se lancer dans la création romanesque. Son précèdent ouvrage se déroulait à Marseille, « Corniche Kennedy », il fut bien accueilli par la critique et figura dans la sélection de plusieurs prix littéraires. « Naissance d’un pont » poursuit brillamment sur cette lancée puisqu’il remporta le prix Médicis de 2010.

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Fruits & Légumes / juin

Fruits : abricot*, cerise, citron*, figue*, fraise*, framboise, groseille*, melon*, pastèque*, pêche, rhubarbe*

Légumes :artichaut*, asperge, aubergine*, betterave*, carotte*, concombre*, courgette*, cresson*, épinard, fève*, haricot vert*, laitue*, oseille*, petit pois*, pomme de terre*, radis*

Champignons : cèpe, girolle*, lépiote

Poissons : anguille*, bar*, crabe*, daurade*, écrevisse*, hareng*, homard*, langouste*, lotte, merlan, perche, raie*, sandre*, sole*, thon*, truite*

Viandes : agneau, canard, lapin, pintade*, poule, poulet*, sanglier*, veau*

Aromates : aneth, basilic, ciboulette, coriandre, laurier, marjolaine, menthe, origan, persil, piment, romarin, sauge, thym

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