Patrick Lapeyre – La vie est brève et le désir sans fin

2 juin 2011
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Jean Pierre

Patrick Lapeyre – La vie est brève et le désir sans fin

POL – 2010 - 345 pages

Roman sentimental écrit par un homme. Cela se sent aussitôt, l’accent n’est pas mis sur les inflexions infinitésimales de l’âme humaine, perturbée à chaque instant par le moindre souffle de vent, mais davantage sur la disponibilité des corps l’un pour l’autre, en évitant soigneusement tout engagement pour le long terme. Et comme la disponibilité est loin d’être constante, les péripéties se multiplient. Elles s’organisent entre deux lieux, Paris et Londres. Entre deux hommes aussi, Louis et Murphy, allant de l’un à l’autre Nora, adolescente attardée qui ne sait décider de sa place dans le monde adulte. Les choses se compliquent pour Murphy, trader américain, son emploi est menacé à Londres et son retour en Amérique est synonyme d’éloignement définitif. Du côté de Louis c’est pire, car il est marié. Sa femme, on l’appelle rarement Sabine, n’est au début qu’un élément secondaire du décor, avant de prendre de l’importance.

Bien sûr Louis et Murphy sont perdus de désir pour Nora, mais les contraintes de leur vie ne leur permettent pas de se livrer entièrement à leur relation amoureuse, sans compter les phases alternatives de Nora. C’est aussi une perversion du monde actuel, où chacun est libre de vivre sa vie de son côté, sans avoir besoin de s’engager envers l’autre, ni pouvoir exiger de l’autre une décision définitive. Le respect de la liberté de mouvement de chacun, l’emporte sur le besoin de stabilité du couple, qui ne peut se concevoir qu’à travers un abandon d’une partie de soi. Il est symptomatique que toutes les histoires de couple tournent mal chez Patrick Lapeyre. Autre influence des temps présents, même l’alternance entre les deux amants n’entraine aucune condamnation morale, il n’y a plus de scandale, juste la banalité contemporaine. Il flotte tout de même un soupçon de jalousie, surtout suscitée par l’absence de l’être désiré.

Apparaissent aussi les parents de Louis, vieux couple délité, ils sont comme une projection de ce que leur fils pourrait devenir à son tour. Il y a également le vieux copain Léonard, que l’on vient taper lorsque l’argent manque. Lui aussi victime de l’échec conjugal, il s’est reconverti dans la pratique homosexuelle. Environnementalisme et homosexualité semblent les deux thèmes à introduire dans toute création littéraire contemporaine, afin de montrer qu’on est en prise avec l’époque. D’ailleurs, pour bien cadrer le moment, une paire de Converse saute allègrement de la première page jusqu’à l’avant dernier chapitre, ayant seulement perdu sa couleur rouge dans l’intervalle. Un peu comme les personnages perdent de leur allant en laissant échapper le bonheur dont ils n’ont pas su rapprocher leurs versions divergentes.

Roman atmosphérique par moment, où les variations climatiques épousent les évolutions des relations. Chaleur de l’été au moment des rapports torrides, froid pénétrant de l’hiver lorsque viennent les dissensions, brouillard des doutes, pluies légères ou diluviennes accompagnant les peines ou les grandes détresses. On voit ainsi passer les saisons, inexorablement, tout comme semble aussi inéluctable la rupture des équilibres aussi instables entre les protagonistes, inconsidérément entretenus en dépit de tous les rappels de la raison. Il faut aussi relever le nombre considérable de taxis. On les attend, on les prend, on les voit patienter ou partir. Le métro n’est pas inconnu, mais son rôle est secondaire. Cette débauche de courses en taxi, par des personnages souvent peu argentés, traduit probablement l’individualisme du désir, ou plus exactement, le taxi est un moyen plus sûr pour accomplir sa quête personnelle du désir que les transports en commun, laissés aux déplacements et aux sentiments ordinaires.

Roman sentimental contemporain écrit par un homme, où le désir remplace l’amour, où la liberté l’emporte sur la fidélité, mais finalement il manque quelque chose. Jamais les personnages ne parviennent à s’épanouir, jamais ils ne trouvent la solution à leurs tourments, pour au contraire achever leur surplace sentimental comme des adolescents fanés, passés à côtés des grands moments de l’existence. Aucune des multiples vies futures que veut bien envisager l’auteur ne laisse de perspectives attrayantes. Roman en forme d’avertissement qui sut séduire le jury féminin du prix Femina à l’automne 2010.

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Fruits & Légumes / juin

Fruits : abricot*, cerise, citron*, figue*, fraise*, framboise, groseille*, melon*, pastèque*, pêche, rhubarbe*

Légumes :artichaut*, asperge, aubergine*, betterave*, carotte*, concombre*, courgette*, cresson*, épinard, fève*, haricot vert*, laitue*, oseille*, petit pois*, pomme de terre*, radis*

Champignons : cèpe, girolle*, lépiote

Poissons : anguille*, bar*, crabe*, daurade*, écrevisse*, hareng*, homard*, langouste*, lotte, merlan, perche, raie*, sandre*, sole*, thon*, truite*

Viandes : agneau, canard, lapin, pintade*, poule, poulet*, sanglier*, veau*

Aromates : aneth, basilic, ciboulette, coriandre, laurier, marjolaine, menthe, origan, persil, piment, romarin, sauge, thym

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