Virginie Despentes- Apocalypse bébé
Virginie Despentes- Apocalypse bébé
Grasset – 2010 - 343 pages
Le roman commence par la disparition de Valentine, une adolescente de bonne famille. Fugue ou enlèvement ? La détective qui la surveillait, après une belle réprimande, est désormais payée pour la retrouver. Mais on comprend vite qu’il s’agit d’une fausse piste. L’intention première de Virginie Despentes n’est pas de se lancer dans un roman policier. Ce qui intéresse l’auteur c’est de se pencher sur l’état de la société, avec un regard très contemporain. Les SMS, les comptes Facebook, avec ce qu’ils révèlent de liens, forment autant de terrains de recherches et surtout décrivent comment les relations entre jeunes s’organisent aujourd’hui. Au delà des technologies nouvelles, ce sont tout d’abord les imperfections, les défauts de l’époque qui attirent l’écrivain. Pour cela elle entreprend de cerner des profils psychologiques intéressants, rencontrés dans les différents milieux que va traverser la prétendue recherche de la disparue. Cela forme la part la plus aboutie du roman.
Virginie Despentes brosse alors habilement le portrait d’une série de personnages à mesure que l’enquête progresse, allant de l’un à l’autre, de Paris à Barcelone. Tous semblent normaux, au premier abord, mais l’étude plus détaillée révèle vite des fissures profondes par lesquelles s’échappent les frustrations et les transgressions. Comme si la société entière devait se composer d’êtres d’apparence normale contenant en réalité un traumatisé, infirme de la vie. Frustrés, ratés, révoltés, ils en veulent forcément aux autres de leur échec. Ils nourrissent une haine violente envers autrui et même envers la société entière. On s’amuse particulièrement à lire le portrait d’un écrivain entre deux eaux, ni ignoré, ni célèbre, de ceux qui rédigent eux-mêmes leur notice de Wikipedia et surveillent le niveau de leurs ventes sur Amazon. Serait-ce l’image à laquelle Virginie Despentes craignait de ressembler ?
Si la première partie du roman, organisée autour des portraits est plutôt réussie, la seconde bascule dans un grand désordre. Comme s’il s’agissait de finir le livre au plus vite sous la pression de l’éditeur. Viennent alors des scènes scabreuses, puis des agents secrets dormants, se réveillant fort à propos pour faire avancer l’intrigue. Celle-ci s’achève par une conspiration anarchisante, à laquelle les gouvernements unanimes, même le Venezuela, répondent par une sévère répression de la liberté d’expression, notamment en bridant strictement l’usage de l’internet. Suit alors une violente diatribe contre les Etats et la surveillance exercée sur leurs citoyens, l’arbitraire de ces machines administratives n’obéissant à aucun contrôle. Les mots « élection » ou « démocratie » n’appartiennent pas au vocabulaire de Virgine Despentes. Cette soudaine virulence militante ne reflète cependant pas les thèmes préférés de l’auteur. D’expérience elle peut parler en experte de drogue, d’alcool ou de prostitution. Vestiges de ses débuts difficiles dans la vie, dont elle s’est heureusement sortie, bien que les stigmates subsistent, visiblement.
Ses premiers écrits plongeaient d’ailleurs bien plus dans ses errements du passé, au point de lui avoir mérité une réputation sulfureuse d’auteur « trash ». Elle touche pourtant à des sujets de société importants comme le féminisme, la plupart des personnages ne sont pas des femmes par hasard. Jusqu’à entreprendre une romance lesbienne, avec des allusions explicites répétées, donnant parfois des scènes très graphiques. La réalisatrice qu’elle est aussi semblant guider la main de l’écrivain, en prévision d’une éventuelle adaptation cinématographique. Il y a aussi la diversité ou plutôt l’inégalité sociale. On a souvent le sentiment ici que l’argent et l’enrichissement sont des tares transformant les individus en monstres. Ainsi la fille d’immigrés qui parvient à s’élever socialement d’un mariage à l’autre, est présentée comme cherchant à ignorer sa famille, elle va même jusqu’à renoncer à tout contact avec sa propre fille au profit d’une compensation matérielle.
En écrivant « Apocalypse bébé » sur un ton plus retenu que ses précédentes publications, Virginie Despentes s’est qualifiée pour les prix littéraires de l’automne, elle figurait en bonne place sur plusieurs listes de sélection. Le stratagème a fonctionné à la perfection car en se présentant sous une apparence plus respectable, elle a obtenu le prix Renaudot 2010.
Fruits : abricot*, cerise, citron*, figue*, fraise*, framboise, groseille*, melon*, pastèque*, pêche, rhubarbe*
Légumes :artichaut*, asperge, aubergine*, betterave*, carotte*, concombre*, courgette*, cresson*, épinard, fève*, haricot vert*, laitue*, oseille*, petit pois*, pomme de terre*, radis*
Champignons : cèpe, girolle*, lépiote
Poissons : anguille*, bar*, crabe*, daurade*, écrevisse*, hareng*, homard*, langouste*, lotte, merlan, perche, raie*, sandre*, sole*, thon*, truite*
Viandes : agneau, canard, lapin, pintade*, poule, poulet*, sanglier*, veau*
Aromates : aneth, basilic, ciboulette, coriandre, laurier, marjolaine, menthe, origan, persil, piment, romarin, sauge, thym